Réseaux sociaux décentralisés

Depuis un petit moment déjà, les débats sur les réseaux sociaux et notamment sur Facebook animent les discussions. Le point numéro un de litige porte sur la confidentialité des données personnelles. En effet utiliser pareil outil implique de fournir une très grande quantité d’informations à un acteur tiers dont les intentions sont inconnues. Toutefois les avantages qu’offrent les réseaux sociaux sont tels qu’il serait dommage d’y passer à côté.

L’objet de ce post est de discuter d’une solution qui permet de partager ses données sans en perdre l’autorité : j’ai nommé les réseaux sociaux à serveur décentralisé. Mais d’abord revenons sur les intérets qu’offrent ces réseaux.

Un réseau social à quoi ça sert ?

La plupart des gens aiment garder contact avec leurs connaissances, que ce soit par nostalgie, amitié ou raison professionnelle. Jusqu’à il y a peu, ce réseau ne pouvait être atteint que par des modes de communication directs comme la rencontre, le téléphone, voir le mail. Il était donc courant de perdre de vue quelqu’un. Notamment les personnes issues de rencontres brèves.
Puis sont arrivés les outils comme les weblogs qui permettait de communiquer efficacement avec un grand nombre de contacts. Mais le blog étant plus destiné à la promotion et la diffusion d’idées ou de créations pour des personnes connues ou inconnues n’est pas vraiment adapté pour communiquer avec des personnes identifiées. Certes il permet d’atteindre l’ensemble de son réseau mais d’une par les signaux transmis n’attendent pas toujours de réponses et d’autres part seuls les contacts très attentifs les perçoivent. Ces moyens peuvent toutefois permettre d’ étendre son réseau mais ne sont pas adaptés pour le faire vivre.
Le réseau social quant à lui permet le maintient du réseau y compris les personnes avec lesquelles il n’y a pas ou plus d’accès direct. Il se positionne un peu comme un intermédiaire, on en ne partage son contenu qu’avec son “cercle” de connaissances. Ceci permet de maintenir un lien avec un nombre important de personnes très facilement.

Résumons cela par un graphique arbitraire :

L’avantage d’un tel outil est non négligeable pour qui sait s’en servir, il offre partage et accès rapide aux informations de son entourage et de ses connaissances. Mais diffuser des informations personnelles implique aussi un certain exhibitionnisme parfois dangereux surtout lorsque celles-ci sont captées par un tiers inconnu.

Topologie du réseau social et données personnels

Si on regarde la topologie d’un réseau social, on remarque que c’est un graphe où tous les noeuds possèdent une quantité variables de connexions avec les autres noeuds, quantité allant de un à plusieurs milliers. On obtient donc un graphe assez complexe mais assez facile à visualiser.


Comparons cette topologie à celle fournie par les outils actuels. Aujourd’hui les réseaux sociaux sont disponibles via des serveurs centralisés. Hors, la topologie d’un réseau social via un serveur centralisé ressemble à une étoile. Ce qui ne correspond pas vraiment à la topologie initiale et implique deux défauts majeurs : d’une part cela constitue un goulot d’étranglement et d’autre part le serveur ne vit que par l’intervention d’un tiers. C’est ce deuxième point qui fait litige : le tiers peut filtrer et collecter toutes les informations transmises, en l’occurence nos données personnelles.

Inversement la topologie d’un réseau pair à pair correspond parfaitement à celle d’un reseau social. Les informations ne sont plus centralisées, et sont contrôlées pour qui sait bien les manipuler. Chaque noeud a plusieurs voisins dont le nombre peut être très grand. L’information ne circule qu’auprès de gens de “confiance”.

Les principales critiques ne sont désormais plus justifiées dans le cas du reseau pair a pair. Le défaut principal est désormais tout autre : ces réseaux créent une sorte d’elitisme. Ceux qui ont une vie remplie et savent quelles informations sont transmissibles exercent une sorte de pression sociale sur ceux qui ont une vie plus simple ou qui communiquent des choses inappropriées. Mais là nous rentrons dans un autre débat qui n’est pas l’objet de ce post.

Mise en oeuvre technique

La mise en place d’un système de serveur personnel communiquant via un mode pair à pair est compliquée mais pas insurmontable. D’une part tout les fournisseurs d’accès proposent une box avec chaque connexion. Ces machines sont de véritables ordinateurs et donc pourrait faire office de serveur personnalisé (idem pour les téléphones portables d’ici peu). De plus de nombreux mini-ordinateurs à très faible consommation émergent sur le marché.

Côté applicatif, désormais les techniques de développements permettent de réaliser des applications avec des capacités de communication adaptées. Le seul verrou se trouve dans le moyen de déterminer qui est son voisin. Mais là encore dans la plupart des cas une adresse IP attitrée pourrait faire l’affaire : on s’abonne a une adresse via un port spécifique pour suivre son actualité. En effet le nombre de personnes écoutées ne sera jamais très grand, quelques milliers au plus.

Les applications ainsi déployées auraient deux fonctions : la première en tant que diffuseur d’informations j’enregistre mes données sur mon serveur et indique lesquelles seront publiques. le deuxième en tant que collecteur de données : je consulte les informations des gens auxquels j’ai souscrit. Ceci implique que plusieurs formalismes devront être adoptés afin de garantir une facilité d’échange.

Les verrous technologiques sont donc :

  • Un serveur adapté ;
  • Un système de déploiement automatique (je ne l’ai pas abordé mais effectivement il faut que les installations et mis-à-jours se fassent très simplement sinon peu abandonneront les sites tiers) ;
  • Un protocole de communication pair à pair bien décrit ;
  • Un standard de format de données ;
  • Une IHM évoluée (pas abordé non plus mais n’oublions pas qu’ici c’est M. tout le monde qui est visé, les logiciels doivent pouvoir être utilisés simplement).

Application unique ou multpiples

Je ne compte pas ici faire un pour contre exhaustif. Je penche franchement pour le principe d’application multiples.Tout d’abord cela laisse plus de libertés aux gens qui souhaiteraient développer sur cette plateforme et n’empêche en rien la création de mash-ups regroupant plusieurs types de données. Enfin, ceci facilite la personnalisation du serveur : on n’installe que les applications désirées.

En résumé

Les réseaux sociaux sont de formidables outils mais leur mode de fonctionnement actuel les rend dangereux car nous pousse à s’exhiber auprès d’acteurs tiers inconnus. Les nouveautés apportées et l’aspect viral de ces réseaux les ont rendus incontournables, il n’est donc plus possible de faire machine arrière. Heureusement, aujourd’hui rien n’empêche l’émergence de réseaux sociaux décentralisés qui constitue une solution solide au problème évoqué. Certains projets libres se sont même montés pour remédier à l’inexistence de tels outils. Il ne reste plus qu’à espérer que ces projets aboutissent et/ou qu’apparaisse une fondation comme celle de Mozilla pour porter les développements.

Ainsi nous pourrons reprendre le contrôle de nos données personnelles tout en continuant à profiter de l’objectif permier du net : le partage.
Bibliographie

http://www.framablog.org/index.php/post/2010/04/11/moglen-freedom-cloud

http://www.ecrans.fr/Tout-le-monde-a-interet-a,5762.html

http://www.biologeek.com/avenir,web/internet-minitel-cloud-gratuite-et-liberte/

2 Responses to Réseaux sociaux décentralisés

  1. Aurelien says:

    Interessant l’interview d’Eben Moglen est vraiment bien.
    Dans la liste des possibles il semble que la voie soit l’extension d’XMPP vers du stockage de données.

    En plus des sites mentionnés dans les articles en biblio, il y a la R&D de vodafone qui développe ça (pas testé) :
    http://onesocialweb.org/

    Je croie que leur approche est plus “réaliste” avec un réseau social semi-décentralisé (et interopérable) en gros les données ne sont pas stockées chez les utilisateurs mais sur les serveurs XMPP.

    Ca permet aux gens qui le veulent de s’auto-héberger et de proposer un hébergement à leurs proches. Ca permet aussi à tout un chacun de choisir de se faire héberger par facebook, google, ou orange. Ce n’est pas donc pas parfait mais ça semble plus réaliste en matière d’adoption et pousserait à une compétition entre les différents services vu que les utilisateurs pourraient migrer leurs compte d’un serveur à un autre.

  2. Gelnior says:

    Je connaissais pas, je n’ai pas trop compris le concept mais je vais m’y intéresser de plus près.

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